BCHEF annonce l’acquisition de l’enseigne Les Burgers de Papa. Avec plus de 70 restaurants et près de 450 salariés, le groupe devient le premier acteur français du burger gourmet. Une opération stratégique dans un marché premium encore très fragmenté et fortement sous pression, qui marque le début d’un mouvement de consolidation. Le chiffre d’affaires consolidé du nouvel ensemble devrait dépasser les 40 millions d’euros en 2025. Entretien exclusif avec Julien Perret, président-fondateur de BCHEF.
Tendances Restauration : C’est une belle opportunité pour BCHEF?
Julien Perret : Oui. C’est une grosse opération, sur laquelle je travaille depuis près d’un an. Cela fait plusieurs années que j’ai la volonté de faire de la consolidation sur notre marché, de réunir des enseignes pour gagner en puissance et en force de frappe. Après notre levée de fonds, j’ai pu attaquer ce sujet plus sérieusement. L’opération est née d’une très bonne entente avec le dirigeant des Burgers de Papa et surtout du constat que nos deux chaînes se ressemblent beaucoup, avec de nombreuses synergies possibles. En unissant nos forces avec Les Burgers de Papa, nous créons un groupe solide, engagé, capable de véritablement populariser le Burger Français avec des prix accessibles.
T.R. : Les Burgers de Papa traversaient une période compliquée…
J.P. : C’est une belle enseigne, mais elle a clairement souffert, notamment de l’inflation et d’un marché très difficile cette année. Le marché du burger premium est sous forte pression, et ils ont été touchés deux années de suite. Malgré tout, il restait une vingtaine de points de vente, ce qui n’est pas négligeable. Ils tournent bien en chiffre d’affaires, mais ils manquent de puissance structurelle. Il y a beaucoup de leviers d’amélioration : achats, organisation, fonctionnement. Nous rachetons tout : l’enseigne, les franchises, les succursales. Il reste aujourd’hui deux succursales, le reste étant en franchise.
T.R. : L’idée est donc de continuer à développer les deux marques en parallèle ?
J.P.: Oui. Le marché du burger gourmet est très compliqué : personne n’arrive réellement à « exploser les compteurs ». Cette acquisition nous donne une corde de plus à notre arc. Les Burgers de Papa ont un ADN encore plus français que BCHEF, que nous allons d’ailleurs renforcer. Concrètement, les deux enseignes conserveront leur identité propre et leurs réseaux respectifs. Les Burgers de Papa poursuivra son développement en centres-villes, en mettant en avant une offre généreuse inspirée du terroir français, tandis que BCHEF continuera de cibler un large public avec une expérience conviviale, des burgers de qualité et des tarifs proches de ceux des grandes chaînes internationales.
T.R. : Comment différencier les deux enseignes ?
J.P. : BCHEF est déjà très français dans ses approvisionnements – viande, pain, sauces – mais nous avons aussi des marqueurs plus “américanisants”, comme le cheddar. On est souvent un peu perçus comme le McDo à la française. Les Burgers de Papa, eux, incarnent vraiment le burger du terroir, le produit français, la générosité. Nous allons accentuer cette différenciation pour que les deux marques soient clairement identifiables.
T.R. : Avec en outre de nombreuses synergies ?
J.P. : achats groupés, puissance de négociation, process, développement. On pourra aussi imaginer, par exemple, vendre Les Burgers de Papa en marque de livraison dans des restaurants BCHEF.
C’est très intéressant pour les franchisés des deux réseaux, car cela leur ouvre des perspectives de croissance de chiffre d’affaires et d’amélioration des marges.
T.R. : Vous devenez un peu “les petits contre les grands” ?
J.P. : Oui, complètement. L’union fait la force. Ce rapprochement nous permet de franchir un cap symbolique : plus de 70 restaurants. Jusqu’ici, ni nous ni d’autres acteurs comme Big Fernand n’avaient réussi à dépasser durablement ce seuil.
T.R. : Qu’en est-il des équipes ?
J.P. : Nous avons récupéré les équipes siège et nous allons fusionner les deux organisations. Il y aura un mélange de collaborateurs issus des deux enseignes. Le siège des Burgers de Papa était à Lyon, le nôtre est à Paris. Nous avons trois mois pour tout regrouper à Paris.
T.R. : 2026 sera donc une année charnière ?
J.P. : Oui. Nous avons volontairement mis une forte pause sur le développement du parc. L’objectif est de redonner de la marge, de la solidité financière aux restaurants et de renforcer les modèles existants.
Les Burgers de Papa n’avaient plus été développés récemment, il faut donc relancer la marque, retravailler les achats, les process, et surtout réaffirmer son ADN terroir. BCHEF s’appuiera toujours sur des filières françaises exigeantes afin d’élever encore le niveau de qualité proposé dans l’ensemble de ses restaurants. La viande utilisée provient exclusivement de races bouchères élevées en plein air dans le Massif central, tandis que les pains sont produits dans le Val-d’Oise à partir de blé français. Les desserts (cookies et glaces) sont élaborés de manière artisanale, sans additifs ni conservateurs, à partir d’ingrédients majoritairement hexagonaux. Le groupe mise également sur des boissons maison, à l’image de thés glacés biologiques infusés sur place.
T.R. : Vous n’excluez pas d’autres opérations de croissance externe?
J.P. : Je ne m’interdis rien. J’ai une vraie volonté de structurer le marché, mais il faut d’abord digérer cette opération. Cela dit, je continue d'échanger avec deux ou trois enseignes...
T.R. : Quels objectifs de CA ?
J.P.: Début 2026, nous nous devrions dépasser les 40 millions d’euros. L’objectif est d’atteindre environ 50 millions d’euros, d’abord grâce à une forte croissance à périmètre constant, avant d’aller chercher du développement supplémentaire.
P.B-K.
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